CHANSON À MA PETITE-FILLE
GAËLLE

VIENS MA JOLIE

Refrain
Viens, viens ma jolie
Nous bâtirons le monde
Viens, viens ma jolie
Nous referons le monde

Tes yeux m’ensorcellent
Me révèlent le mystère
Tes bras m’interpellent
En ton âme toute entière

Refrain

Je vois des chandelles
Éclater toute lumière
De tes deux prunelles
Comme une pure clairière

Refrain

Ta grâce m’appelle
Aux espaces planétaires
Comme une chapelle
Au langage de prières

Refrain

Comme les dentelles
Des régions frontalières
Tu cernes mes ailes
En accords littéraires

Refrain

Partons à la ronde
Partons ma toute belle
Pour changer le monde
En regard d’étincelle



Réjeanne Veilleux

FLÂNERIE

Je chemine dans la campagne.
Triste, je me suis égarée,
Emmenant mon âme endeuillée
Par-delà vallées et montagnes.

Le soleil, qui d’un œil furtif,
Tente de chasser la grisaille
Face aux nuages en bataille
Et me laisse le cœur captif.

Là-bas, en pente d’un coteau,
Une plantation prend ses aises
Comme une falaise
Contre le soleil de tantôt.

Là, dans l’herbe, outils désuets,
Maisons aux planches vermoulues
Parlent  d’une ère révolue
En ce jour de fin de juillet.

Plus loin, érables près des pleurs
Comme une toile inachevée
Me laissent impressionnée
Devant tant et tant de couleurs.

Là, ces quelques instants de paix
Extorqués à ma solitude.
Ont expulsé ma lassitude
Au-delà du vaste bosquet.

 

Réjeanne Veilleux 20 sept. 2003

JE VOUDRAIS …


Je voudrais saisir le soleil
Le glisser dans mon âme
En des gazouillis d’arc-en-ciel !

Je voudrais effacer le temps
Le charger de promesses
Toutes imprégnées d’enchantement !

Je voudrais colmater les brèches
M’entourer de splendeurs
Et rallumer la mèche !

Je voudrais voir la forteresse
De la félicité.
Je volerais toutes ses richesses !

Je voudrais la joie d’un enfant
La vivre intensément
Et l’éparpiller à tout vent !

Réjeanne Veilleux 12 février 06


LA DAME ET LE LIÈVRE



Un lièvre cherche domicile ;
C’est derrière chez moi qu’il a trouvé asile.
Souvent, il s’aventure près de la maison
Pour savourer le trèfle du gazon.
Le lièvre dit : « Apprivoise-moi
Et de ton domaine, je serai le roi. »…
-- Je n’ai jamais vu de ma vie
Une femme, d’un lièvre devenir l’amie.
T’apprivoiser ? … Y songes-tu ? …
D’accord. Tu prends ce qui te tente,
Mais pas ma laitue.
Je te propose cette entente :
Je t’offre l’hospitalité
Et le pâturage en toute liberté.
« Tentons l’expérience et nous verrons
Lequel de nous deux a raison. »
Chaque matin et chaque soir.
Doucement, je vais lui dire « Bonjour, bonsoir ».
Prenant toutes les précautions d’usage,
Je lui murmure un gentil bavardage.
L’animal reste méfiant, un peu inquiet,
Le nez tremblant, oreilles soupçonneuses
À l’affût du moindre geste suspect,
Prêt à s’enfuir tout d’une traite vigoureuse.
Picolo, je l’ai baptisé ;
Avant que ne finisse l’été, je l’ai apprivoisé.
Heureux, sa hase il me présente
Et quatre levrauts à l’allure ardente.
Dans l’herbe longue, une surprise,
Pour nos petits-enfants, quelle méprise !
Les bébés jouent aux kangourous
En s’amusant comme de fous.
De notre pacte, les générations ont hérité ;
Toujours, notre accord, ils ont respecté.

Apportez compassion, bonté et gentillesse
Vous récolterez bonheur, plaisir et tendresse.



Réjeanne Veilleux avril 03


Sonnet :
RÉMINISCENCE



J’ai choisi le défi du recommencement.
Ce jour-là, j’ai ressenti au fond de mon âme,
Que dans ma vie renaîtrait un nouveau printemps.
Mélancoliquement, tous mes sens le réclament.


Jadis, tout n’était qu’émoi et enivrement.
Je rebâtirai, de ma jeunesse, la flamme,
Qui, avec ardeur, luira dans le firmament
Où la passion et, où la tendresse se pâment.


Aux pas de mes histoires fanées, je lirai ;
Sans douleur, sans regret, je les transmuterai;
Elles s’enfuiront à jamais de ma mémoire.


J’écris sur ma voie, la sueur de mes efforts.
Chaque jour, je tends à triompher sans déboire,
Faisant confiance à mon étoile d’or.


Réjeanne Veilleux avril 03
(mon remariage)


DÉTRESSE

Tout enveloppée de mystères
Elle vagabonde sans bruit
Sur une avenue de chimères
Où sa stabilité s’enfuit

Alors, la résistance est vaine
Assoiffée de sa vérité
Fragilité de porcelaine
Le désespoir à ses côtés


Elle camoufle sa folie
Ne retrouve plus son chemin
Sa vie n’est que disharmonie
Elle ignore tout de demain



Réjeanne Veilleux mars 2003

LES MAINS BALADEUSES


J’attends la visite de monsieur l’inspecteur,
Fébrilement, je me prépare
J’essaie de contrôler mon souci et ma peur
Qui arrivent sans crier gare.

Moi, obnubilée par ces préoccupations
Je revise « je, tu, il, elle »
J’oublie tous les oui-dire de dépréciation
Pour ce monsieur « aux demoiselles ».
.
Galant, il m’invite à m’asseoir auprès de lui
Derrière la grande tribune ;
Moi, en toute innocence, je lui obéis,
Cela ne sera pas coutume.

Et tout à coup, là, je sens un geste indiscret
Qui se promène sur ma cuisse ;
Mes plus grands élèves m’observent très inquiets
Avant de réagir, je puisse.

Intimidée par les mains de ce malotru
Qui détient ma jeune carrière,
J’essaie vainement de fuir ce geste imprévu
En me déplaçant vers l’arrière.

Désire-t-il prouver sa supériorité,
Sent-il une passion muette,
Ou bien, jouit-il du plaisir de me dominer,
Désire se payer ma tête ? …

Le manège reprend à la récréation,
De tous, je reste bien en vue,
Appréhendant un vif mouvement de passion
Qui me délaisse, sans issue.

J’ ignore les mots « harcèlement sexuel ».
Ma confiance disparue ;
Vexée, humiliée, en émoi continuel
Et mon assurance perdue.

Tremblante, j’imagine l’évaluation,
Dans mon « curriculum vitae ».
De ce vilain individu sans attention.
Le tout se joue dans ma pensée.

La journée finit en larmes d’indignation,
À bout, désillusionnée,
Toutefois, satisfaite de l’appréciation
Dans le petit livre, notée.

Depuis, je n’ai rien oublié de cet assaut
Subi par la jeune ingénue.
Très longtemps, je me suis méfiée de ces rustauds,
Et de leur idée biscornue..

Réjeanne Veilleux mars 03

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